**Une décennie d’enquête, une conclusion controversée**
Le 19 mai 2016, un Airbus A320 d’EgyptAir effectuant la liaison Paris-Le Caire disparaissait en Méditerranée entre la Crète et les côtes égyptiennes. Les 66 personnes à bord – dont 15 Français et une quarantaine d’Égyptiens – ont péri. Dix ans plus tard, le parquet de Paris a requis un non-lieu général, estimant qu’aucune faute autre que celle de l’équipage décédé ne peut être juridiquement établie.
**La thèse de l’incendie dans le cockpit : une leçon sur les dangers du système d’oxygène**
Dans son réquisitoire définitif daté du 7 avril 2025, le parquet retient la piste d’un incendie parti du cockpit. Selon ce document, l’accident résulte de la combinaison d’une fuite d’oxygène provenant du boîtier de rangement du masque à oxygène du pilote et d’une source de chaleur inconnue dans la cabine de pilotage. La fuite aurait été provoquée par l’engagement intempestif d’un bouton d’urgence par le copilote. Le rapport mentionne également un contexte de fond musical et une attitude de l’équipage jugée trop peu professionnelle par les experts ayant analysé les enregistreurs de vol.
Pour les élèves ATPL, ce cas illustre l’importance cruciale de comprendre la conception des systèmes d’oxygène et le potentiel de défaillances catastrophiques à partir de dysfonctionnements apparemment mineurs. Il souligne également comment les facteurs humains – discipline en cockpit, règle du cockpit stérile et gestion des ressources de l’équipage – peuvent être examinés dans les enquêtes accident.
**Les familles dénoncent une « justice bâclée »**
Les familles des victimes, réunies en association, ont exprimé leur indignation, qualifiant la demande de non-lieu de « déni de justice ». Leurs avocats estiment que l’enquête reste incomplète, pointant des questions non résolues sur les obligations de maintenance, les politiques autorisant à fumer dans le cockpit et la présence de personnes non autorisées dans la cabine de pilotage. Ils réclament toujours la mise en examen d’EgyptAir pour d’éventuels manquements.
La balle est désormais dans le camp des juges d’instruction : ils peuvent suivre les réquisitions et prononcer un non-lieu, ou ordonner de nouveaux actes. Pour les élèves ATC et ATPL, cette affaire rappelle que les enquêtes accident impliquent souvent des dimensions juridiques, techniques et humaines complexes, et que la recherche de la vérité peut s’étendre bien au-delà des causes techniques immédiates.
**Ce que cela signifie pour la formation aéronautique**
Ce cas est un exemple puissant de la manière dont les incendies de cockpit, les vulnérabilités des systèmes d’oxygène et le comportement de l’équipage s’entrecroisent dans les accidents réels. Les candidats ATPL devraient étudier le rapport MS804 pour comprendre l’importance de la maintenance des systèmes d’oxygène, les risques de distractions en cockpit et les cadres juridiques qui régissent les enquêtes accident. Il renforce également la nécessité d’une adhésion stricte aux procédures de cockpit stérile et les dangers de la complaisance dans le poste de pilotage.