L'administration Trump serait sur le point de finaliser un plan de sauvetage de 500 millions de dollars pour Spirit Airlines, le transporteur ultra low cost actuellement engagé dans sa deuxième procédure de faillite (Chapter 11) en moins de deux ans. Selon des sources proches du dossier citées par The Air Current, le mécanisme envisagé prendrait la forme d'un prêt garanti par l'État, convertible en actions, qui pourrait donner à Washington jusqu'à 90 % du capital de la compagnie. Cette intervention rappelle les dispositifs d'aide mis en place pendant la pandémie, mais appliqués cette fois à une entreprise spécifique, ravivant les débats sur les sauvetages ciblés et leurs conséquences concurrentielles sur le marché aérien américain.
Les difficultés financières de Spirit ont été aggravées par la flambée du prix du kérosène suite au déclenchement de la guerre en Iran, qui a fortement perturbé le trafic pétrolier dans le détroit d'Ormuz. Le plan de restructuration de la compagnie, qui visait une sortie de faillite au printemps ou au début de l'été 2026, reposait sur des hypothèses de coût du carburant bien inférieures aux niveaux actuels. « Notre plan de redressement a été bâti sur des hypothèses de carburant beaucoup plus basses que les niveaux actuellement observés sur le marché », reconnaît la compagnie dans ses communications financières, tout en assurant que les opérations continuent normalement pour les passagers. Contrairement à de nombreux transporteurs européens qui se couvrent partiellement contre la volatilité des prix, la plupart des compagnies américaines, dont Spirit, ont largement abandonné cette pratique, les exposant pleinement aux fluctuations.
Dans le cadre de sa restructuration, Spirit prévoit de réduire sa flotte à 76 à 80 appareils d'ici au troisième trimestre 2026, soit environ un tiers de moins qu'avant la faillite. La flotte resserrée sera principalement composée d'Airbus A320 et A321ceo afin de simplifier la maintenance et de réduire les coûts unitaires. La compagnie va également se retirer de certaines routes déficitaires pour se concentrer sur les marchés de loisirs à forte demande, comme la Floride et les Caraïbes, où elle est historiquement bien implantée, notamment à Fort Lauderdale. Cependant, plusieurs analystes s'interrogent sur la viabilité d'un modèle ultra low cost fortement orienté vers les loisirs dans un environnement de carburant durablement plus cher et face à une concurrence accrue des grandes compagnies sur les segments les plus rentables.
Politiquement, le sauvetage suscite de fortes réticences au sein même de l'exécutif. Le président Trump a indiqué qu'il restait « ouvert » à une intervention, tout en affirmant privilégier une solution de marché, idéalement une reprise par un autre acteur privé. Spirit avait déjà tenté de fusionner avec JetBlue, arguant qu'elle faisait face à une « menace existentielle » si elle restait seule, mais ce projet a été bloqué en 2024 par un juge fédéral pour des motifs antitrust. Les observateurs du secteur craignent qu'un sauvetage de Spirit ne crée un précédent dangereux, incitant d'autres transporteurs en difficulté comme JetBlue ou Frontier Airlines à réclamer un soutien similaire, ce qui pourrait fausser la concurrence dans le ciel américain.