Le gouvernement sri-lankais a lancé un nouvel appel à manifestations d'intérêt pour attirer des investisseurs internationaux vers l'aéroport international Mattala Rajapaksa (HRI), une infrastructure sous-utilisée qui accumule les pertes financières depuis son inauguration en 2013. Cette initiative intervient après l'échec d'un projet de concession de 30 ans avec un consortium indo-russe, dans un contexte de restructuration des actifs publics déficitaires imposée par le Fonds monétaire international.
Construit près de Hambantota, dans le sud de l'île, avec un financement chinois de 200 millions de dollars, l'aéroport Mattala Rajapaksa est devenu le symbole des infrastructures pharaoniques qui ont précipité le Sri Lanka dans la crise de la dette. Depuis son ouverture il y a treize ans, l'installation n'accueille aucun vol commercial régulier et génère des revenus tellement faibles qu'ils ne couvrent même pas les factures d'électricité. Seules quelques opérations cargo et des vols charters sporadiques maintiennent une activité minimale sur ce site surnommé « l'aéroport le plus vide du monde ».
Le ministère des Ports et de l'Aviation civile, par l'intermédiaire d'Airport and Aviation Services (Sri Lanka) Ltd, a publié le 26 avril 2026 un appel à propositions pour des opportunités d'investissement couvrant les opérations aéroportuaires, les services cargo, la logistique et le développement touristique. Les autorités présentent l'infrastructure comme offrant « un potentiel inexploité pour le développement du tourisme exotique et l'investissement stratégique », malgré son bilan catastrophique.
Cette nouvelle tentative de privatisation fait suite à l'effondrement en 2024 d'un accord de concession de 30 ans avec un consortium formé par l'indien Shaurya Aeronautics et le russe Airports of Regions Management Company. Le cabinet ministériel sri-lankais avait approuvé ce projet en avril 2024, mais celui-ci n'a jamais progressé au-delà des phases initiales. Des sources indiquent que les États-Unis avaient informé Colombo de sanctions américaines visant un actionnaire clé de la société russe, compliquant la mise en œuvre du partenariat.
Plus tôt cette année, en mars 2026, le gouvernement a également initié des discussions préliminaires avec Emirates et Qatar Airways pour proposer Mattala comme hub alternatif face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Selon les autorités de l'aviation civile, les deux compagnies auraient « exprimé un fort intérêt » pour repositionner certaines opérations vers cet aéroport du sud de l'île. L'infrastructure dispose d'une piste de 3 500 mètres capable d'accueillir des Airbus A380, ce qui en fait le seul aéroport sri-lankais équipé pour opérer le plus gros avion de ligne au monde.
Au-delà de l'absence de trafic commercial, l'aéroport fait face à des complications opérationnelles liées à sa proximité avec des zones de faune sauvage. Les collisions aviaires et les intrusions d'animaux sur les pistes ont perturbé l'activité aérienne, obligeant les autorités à déployer du personnel de sécurité pour gérer les risques liés à la faune. L'infrastructure sert néanmoins d'aéroport de dégagement lorsque des conditions météorologiques défavorables affectent l'aéroport international Bandaranaike (CMB) de Colombo, qui demeure la principale porte d'entrée du pays avec un trafic qui devait atteindre 10 millions de passagers annuels en 2024.
L'aéroport Mattala s'inscrit dans un vaste programme d'infrastructures lancé sous la présidence de Mahinda Rajapaksa, largement financé par des prêts chinois. L'accumulation de dettes a contribué à une grave crise économique qui a culminé en 2022 avec un défaut de paiement souverain sur environ 46 milliards de dollars de dette extérieure. La Chine représente au moins 10% de la dette totale du Sri Lanka, voire 20% de sa dette publique selon certaines estimations.