Ryanair a bouclé son exercice 2025-2026 sur un bénéfice net record de 2,26 milliards d’euros, en hausse de 40%, porté par la hausse des tarifs et une demande solide, malgré les retards persistants de livraisons chez Boeing et la remontée des coûts de carburant. Le premier transporteur européen par passagers confirme son rôle de consolidateur du ciel européen, tout en affichant une grande prudence sur ses perspectives 2026-2027 dans un environnement géopolitique et énergétique incertain.
**Une rentabilité record dopée par les tarifs**
Sur l’exercice clos fin mars 2026, Ryanair affiche un profit après impôt (PAT) de 2,26 milliards d’euros, contre 1,61 milliard un an plus tôt (+40%). Le chiffre d’affaires progresse de 11% pour atteindre 15,54 milliards d’euros. Le trafic a augmenté de 4%, à 208,4 millions de passagers, tandis que le coefficient de remplissage est resté exceptionnellement élevé, à 94%. La recette unitaire par passager s’est améliorée de 7%, tirée par une hausse d’environ 10% des tarifs, qui efface la baisse de 7% constatée l’année précédente. Les coûts d’exploitation (hors éléments exceptionnels) n’ont augmenté que de 6%, ce qui limite la croissance du coût unitaire à environ 1% malgré la hausse des dépenses de carburant, de personnel navigant et de maintenance. Les recettes annexes atteignent près de 5 milliards d’euros (environ 24 euros par passager), grâce aux bagages, choix de sièges, embarquement prioritaire et autres services additionnels.
**Carburant, Iran et fiscalité verte : des vents contraires**
Comme l’ensemble du secteur, Ryanair fait face à une forte volatilité des prix du kérosène, alimentée par les tensions entre les États-Unis, Israël et l’Iran et les risques autour du détroit d’Ormuz. Le groupe a verrouillé environ 80% de ses besoins en carburant pour l’exercice 2026-2027 à un prix moyen proche de 67 dollars le baril, jusqu’en avril 2027, une stratégie présentée comme un avantage concurrentiel. Au-delà du carburant, le transporteur anticipe une hausse de quelques pourcents de ses coûts unitaires, sous l’effet cumulé de la montée des taxes environnementales européennes, des revalorisations salariales et des frais de maintenance moteurs.
**Boeing en retard, expansion reconfigurée**
Au 31 mars 2026, la flotte du groupe atteignait 647 appareils, incluant l’intégralité des 210 Boeing 737-8-200 « Gamechanger » commandés. Les retards de livraisons persistants chez Boeing continuent de brider la croissance, avec un objectif de trafic d’environ 216 millions de passagers pour 2026-2027. À plus long terme, le groupe maintient son ambition d’atteindre plus de 300 millions de passagers annuels d’ici l’exercice 2033-2034, ce qui suppose la résolution des goulets d’étranglement industriels. Les nouvelles capacités sont concentrées vers des marchés jugés « low-tax » : Albanie, Italie, Maroc, Slovaquie ou Suède.
**Une structure financière assainie et une gouvernance stable**
Ryanair s’apprête à redevenir pratiquement sans dette après le remboursement, en mai 2026, de sa dernière obligation de 1,2 milliard d’euros. Le groupe clôt l’exercice avec une position de trésorerie nette de 2,1 milliards d’euros et prévoit de reconstituer ses réserves de cash à 4 milliards d’euros. Le conseil d’administration est proche d’un accord pour prolonger le mandat de Michael O’Leary jusqu’en 2032, assurant une continuité managériale. Le projet de contrat prévoit l’octroi d’options sur 10 millions d’actions, exerçables uniquement si des objectifs jugés « très ambitieux » en matière de profit ou de cours de Bourse sont atteints.