Ce jeudi 21 mai 2026, la cour d’appel de Paris a rendu sa décision dans le procès pour homicides involontaires d’Airbus et d’Air France suite au crash du vol AF447 (Rio-Paris) survenu le 1er juin 2009, qui a coûté la vie aux 228 personnes à bord. Ce verdict intervient après un revirement spectaculaire du parquet général, qui avait requis la relaxe en première instance mais a demandé la condamnation des deux entreprises lors du procès en appel à l’automne 2025.
Le parquet a estimé que les fautes des deux sociétés étaient « caractérisées » et avaient « concouru de façon certaine » à l’accident. Airbus s’est vu reprocher une sous-estimation de la gravité des défaillances des sondes Pitot et un défaut d’information des équipages, empêchant les pilotes de réagir correctement. Air France a été pointée du doigt pour un défaut de formation relatif à la procédure à suivre en cas de givrage des sondes Pitot et un défaut d’information sur la détection du givre. Le déclencheur technique a été le givrage des trois sondes Pitot alors que l’Airbus A330-200 (immatriculé F-GZCP) traversait le « Pot au noir », zone de convergence intertropicale marquée par de violents orages. Cette panne a provoqué la déconnexion du pilote automatique et des indications de vitesse erronées, que les pilotes ont mal interprétées, conduisant à un décrochage aérodynamique fatal.
L’enquête du BEA avait montré que les pilotes n’avaient pas appliqué les procédures de récupération de décrochage appropriées et manquaient d’entraînement au pilotage manuel à haute altitude. Pour les étudiants ATPL, ce cas est une étude fondamentale des facteurs humains et du CRM. Il illustre comment la dépendance à l’automatisation, l’effet de surprise et une formation inadéquate peuvent créer une chaîne d’événements fatale. Les élèves contrôleurs aériens doivent noter les difficultés de communication et l’importance d’une phraséologie claire en situation d’urgence.
En tant que personnes morales, Airbus et Air France encourent une amende maximale de 225 000 euros chacune en cas de condamnation. Le tribunal correctionnel de Paris les avait relaxées en avril 2023, estimant que si des « imprudences » et « négligences » existaient, aucun « lien de causalité certain » avec le crash n’avait pu être démontré. La décision de la cour d’appel se concentre désormais sur ce lien de causalité. Quel que soit le verdict, la tragédie du vol AF447 a déjà conduit à des améliorations majeures de la sécurité : entraînement obligatoire à la prévention et à la récupération des décrochages (UPRT), conception améliorée des sondes Pitot et meilleurs systèmes d’alarme de décrochage. Pour les futurs professionnels de l’aéronautique, ce dossier n’est pas qu’un fait historique : c’est une leçon vivante sur la raison d’être de chaque procédure.