**Le transport aérien français face à une tempête parfaite : kérosène, taxes et demande en berne**
Le secteur du transport aérien français se prépare à un automne difficile, même s'il parvient à traverser la saison estivale malgré la flambée des prix du kérosène liée à la crise au Moyen-Orient. Les représentants du secteur avertissent que la combinaison de la hausse des coûts d'exploitation, de la pression fiscale et de la demande fragile des passagers pourrait laisser le secteur gravement affaibli d'ici la fin de l'année.
**Un été sous contrôle, mais à quel prix ?**
Pour l'instant, les professionnels se veulent rassurants pour les vacances d'été. « Il n'y aura pas de pénuries de kérosène pendant la période estivale », assure Thomas Juin, président de l'Union des aéroports français et francophones associés (UAF & FA), évoquant un approvisionnement « sous contrôle » malgré la volatilité des prix. Le ministre des Transports Philippe Tabarot a indiqué sur Europe 1 que les compagnies aériennes maintiendraient leurs vols pour juillet et août. « Les plans de vols seront respectés et les Français pourront partir où ils le souhaitent », a-t-il promis. Les compagnies ont déjà ajusté leur offre en réduisant certaines fréquences ou en adaptant les itinéraires, mais sans plan massif d'annulations. Les hausses de tarifs sont en revanche inévitables : la flambée des cours du pétrole et du kérosène, dopée par le conflit au Moyen-Orient, se répercute progressivement sur le prix des billets, en particulier sur le long-courrier.
**Un kérosène à des niveaux rarement vus**
Depuis le déclenchement du conflit fin février, le kérosène a franchi des paliers rarement observés. Le carburant est passé de 800 dollars la tonne à environ 1 500 dollars dans les premières semaines, avant de grimper encore à 1 600 dollars. Cette hausse constitue aujourd'hui le principal facteur de perturbation du transport aérien. Les transporteurs qui avaient couvert une partie de leurs achats à l'avance sont un peu mieux protégés à court terme, mais cette protection ne pourra pas durer indéfiniment. « On passera l'été, mais le secteur ne sortira pas indemne », prévient Thomas Juin. « Tout le secteur sortira très fragilisé. Ce qui est à craindre, c'est qu'on subisse le contrecoup à l'automne », ajoute-t-il, en référence à un possible recul de l'offre et à une baisse du trafic.
**La menace d'un effet ciseaux à l'automne**
Si la crise au Moyen-Orient et la tension sur les hydrocarbures se prolongent, le transport aérien français redoute un effet ciseaux à partir de l'automne. D'un côté, les coûts d'exploitation s'envolent avec un carburant plus cher et des taxes en hausse ; de l'autre, la demande des ménages reste contrainte par l'inflation, limitant la capacité des compagnies à répercuter intégralement ces surcoûts sur les prix des billets. Les compagnies pourraient alors être contraintes de réduire davantage leur programme de vols, de fermer les lignes les moins rentables ou de ralentir leurs projets de développement. Certains analystes évoquent même, au niveau européen, un risque de fragilisation ou de faillite pour les acteurs les plus exposés si les prix du carburant restent durablement élevés.
**Un appel à alléger la pression fiscale**
Face à ce contexte, les représentants du secteur appellent le gouvernement à revoir certaines mesures fiscales. Thomas Juin demande notamment la suppression du triplement de la taxe de solidarité sur les billets d'avion (TSBA), jugé intenable dans la conjoncture actuelle. « On ne peut pas laisser survivre le transport aérien français avec une telle accumulation de contraintes alors que la concurrence internationale reste très forte », plaide-t-il. Les acteurs du secteur rappellent en parallèle leur engagement dans la décarbonation, via l'usage croissant de carburants durables (SAF) et le renouvellement des flottes, mais soulignent que cette transition suppose des investissements importants, difficiles à maintenir si la rentabilité s'effondre.
**Perspectives : un été serein, un automne brutal**
Pour l'heure, l'été devrait bien se dérouler pour les passagers… mais l'atterrissage de l'automne pourrait être nettement plus brutal pour les compagnies françaises. La combinaison de coûts élevés du carburant, de hausses de taxes et d'une demande faible crée une tempête parfaite qui pourrait remodeler le paysage du secteur dans les mois à venir.