La récente faillite de Spirit Airlines aux États-Unis, premier transporteur low-cost américain à cesser ses opérations depuis plus de 25 ans, a provoqué une onde de choc dans l'industrie aérienne mondiale. Cette défaillance, due à la flambée du prix du kérosène liée au conflit au Moyen-Orient, sert d'avertissement sévère pour les compagnies low-cost européennes, dont plusieurs sont désormais au bord du gouffre financier.
Selon le *Corriere della Sera*, treize compagnies aériennes européennes pourraient manquer de liquidités entre juillet et août si les prix du carburant restent élevés. Il s'agit principalement de transporteurs de taille petite ou moyenne, ou de low-cost long-courrier déjà fragilisés par leur endettement et leurs faibles marges. Les indicateurs clés de vulnérabilité incluent la liquidité, la structure de la dette (notamment les loyers d'avions) et la couverture carburant. Bien que de nombreuses compagnies aient couvert 70 à 80 % de leurs besoins en carburant pour l'année, la hausse extrême des prix les a contraintes à augmenter leurs tarifs, imposer des surcharges et réduire leurs capacités.
Parmi les transporteurs les plus exposés figure Norse Atlantic, la compagnie low-cost long-courrier norvégienne exploitant des Boeing 787. Ses capitaux propres étaient négatifs de près de 240 millions d'euros fin 2025, et elle a lancé une augmentation de capital de 95 millions d'euros et un prêt de 60 millions, tout en supprimant environ 2 000 vols entre avril et septembre. AirBaltic, la compagnie lettone, est également dans une situation précaire, ayant besoin d'au moins 150 millions d'euros avant la crise. S&P Global Ratings juge sa liquidité « critique », malgré un prêt de 30 millions d'euros accordé par l'État. SAS, qui a abandonné sa couverture carburant, pourrait voir sa facture annuelle doubler en 2026 si les prix restent élevés, bien que son adossement à Air France-KLM lui offre une certaine protection.
Les stratégies de couverture carburant varient considérablement. Ryanair a sécurisé environ 80 % de son carburant, mais a dû payer 100 millions de dollars supplémentaires en mars et avril, avec un surcoût annuel potentiel de 600 millions. EasyJet, grâce à une politique de couverture solide couvrant 70 à 80 % de ses besoins estivaux, s'en sort mieux, mais a tout de même subi 25 millions de livres de coûts supplémentaires en mars. Le PDG de Wizz Air, József Váradi, alerte sur un risque de fermetures en Europe d'ici l'automne si les prix persistent, bien qu'il affirme que sa compagnie est bien protégée avec une couverture de 83 % et plus de 2 milliards d'euros de trésorerie. Cependant, même Wizz Air a émis des avertissements sur ses résultats, montrant qu'aucun transporteur n'est à l'abri.
Pour les élèves ATPL et ATC, cette crise souligne l'importance cruciale de la gestion du carburant dans les opérations aériennes. Comprendre les mécanismes de couverture, les structures de coûts et l'impact des événements géopolitiques sur le prix du kérosène est essentiel pour les futurs pilotes et contrôleurs. Le modèle low-cost, construit sur des marges très faibles, est particulièrement vulnérable aux chocs externes, et cette crise pourrait remodeler le paysage aérien européen. Les étudiants doivent suivre comment les compagnies s'adaptent via des ajustements de capacité, des surcharges et des changements de flotte, car ces décisions affectent directement les horaires de vol, la planification des équipages et la gestion du trafic aérien.
En conclusion, la crise du kérosène est une étude de cas concrète en économie aérienne et en gestion des risques. Alors que les transporteurs les plus solides comme Ryanair et EasyJet pourraient survivre à la tempête, les acteurs plus faibles font face à un avenir incertain. Pour ceux qui se forment à entrer dans l'industrie, c'est un rappel que la stabilité financière est aussi importante que la compétence technique pour assurer une carrière durable dans l'aviation.