**Un rapport accablant du Sénat**
La commission des Finances du Sénat a publié un rapport très critique sur l'état du contrôle aérien français, qualifiant la situation de « préoccupante ». Selon ses calculs, la France a cumulé 6,6 millions de minutes de retards de vols en 2025, entraînant une perte estimée à 800 millions d'euros pour les compagnies aériennes, sans compter les désagréments pour les passagers. Le rapport indique que la France est « la moins performante » en Europe sur ce segment, alors qu'elle gère l'un des espaces aériens les plus fréquentés du continent. Les sénateurs pointent une « allocation trop rigide » des effectifs de contrôleurs, qui tient insuffisamment compte des variations du trafic dans la journée, la semaine et l'année. Ils insistent aussi sur « l'obsolescence de l'architecture technique » et sur des projets de modernisation difficiles à mener malgré des investissements importants.
**Le ministre admet les failles**
En réaction, Philippe Tabarot assume publiquement les critiques et reconnaît que le système n'est pas au niveau attendu. « On en parle souvent, du contrôle aérien qui doit se moderniser, qui doit améliorer ses performances au bénéfice de l'ensemble du système aérien », a-t-il déclaré devant le congrès de la Fédération nationale de l'aviation et de ses métiers (Fnam). Le ministre se range ainsi, au moins en partie, derrière le diagnostic du Sénat, en admettant que les retards pénalisent à la fois les compagnies aériennes et les passagers. Il assure toutefois qu'une correction est engagée. « J'ai engagé une vraie réforme en profondeur avec nos équipes, notamment avec les recrutements, une plus grande flexibilité pour renforcer les équipes en période de fort trafic, et puis une transformation de l'organisation du travail. Ce n'est pas une mince affaire », a-t-il expliqué.
**Des progrès revendiqués sur les retards**
Selon le ministre, la situation commence à évoluer dans le bon sens. « La situation s'améliore », a-t-il assuré, en se fondant sur les données des cinq premiers mois de l'année : « les retards ont chuté de 35% après l'année horribilis de l'an dernier, alors même que le trafic poursuit sa croissance ». Il a aussi souligné le niveau de trafic contrôlé en 2026. En juin, la France a battu son record mensuel de trafic aérien contrôlé, habituellement atteint plutôt en juillet ou août, ce qui témoignerait d'une montée en puissance des capacités. Pour illustrer la pression sur les contrôleurs, il a rappelé que « le nombre de vols arrivant et partant de France a diminué depuis 2019 », alors que « le nombre de survols a augmenté de 15% » entre 2019 et 2025.
**Impact sur les compagnies et les passagers**
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, le rapport sénatorial comme d'autres études rappellent l'impact concret de ces dysfonctionnements sur les compagnies aériennes et leurs clients. Les 6,6 millions de minutes de retard en 2025 se traduisent par des coûts directs pour les transporteurs – carburant supplémentaire, repositionnement des équipages, compensations éventuelles – et par des perturbations de chaîne pour les passagers. L'Association du transport aérien international (IATA) rappelle que les retards de vols dus au contrôle du trafic aérien ont plus que doublé en Europe sur la dernière décennie, en ciblant notamment la France et l'Allemagne pour leurs pénuries de personnel et limites de capacité. Dans ce contexte, la faible performance française apparaît comme l'un des maillons faibles d'un système déjà fragilisé par la croissance du trafic et les contraintes opérationnelles.
**Des chantiers structurels à mener**
Les critiques du Sénat rejoignent celles formulées depuis plusieurs années par les compagnies aériennes et les organisations professionnelles. Elles convergent sur la nécessité d'accélérer la modernisation des outils techniques et de revisiter en profondeur l'organisation du travail des aiguilleurs du ciel français. Philippe Tabarot a affirmé que la réforme engagée doit répondre à ces enjeux de long terme. Le ministre a insisté sur le fait que les changements programmés – recruter, rendre les plannings plus flexibles, transformer l'organisation – ne peuvent produire leurs effets qu'à moyen terme et nécessitent un dialogue avec les équipes. Il a souligné sa détermination à améliorer « les performances au bénéfice de l'ensemble du système aérien », en se référant explicitement aux conclusions des sénateurs.