**Les compagnies européennes renforcent leurs vols vers la Chine malgré l'interdiction de survoler la Russie**
À l'approche de l'été 2025, la demande de voyages entre l'Europe et la Chine repart fortement, poussant les compagnies européennes à augmenter leurs fréquences malgré des obstacles opérationnels significatifs. Selon les données d'OAG, le nombre de vols directs entre la Chine et l'Europe doit passer de 3 011 rotations en mai à 4 151 en août – une progression largement tirée par les transporteurs chinois, mais à laquelle des compagnies comme Air France entendent bien prendre leur part.
**Une capacité en hausse**
Les données d'OAG révèlent une tendance nette à la hausse : l'été dernier, l'augmentation était plus modeste, passant de 3 011 vols en mai à 3 393 en août. L'accélération de cette année souligne la vigueur du rebond. Les compagnies chinoises, qui bénéficient toujours de l'accès au couloir sibérien et d'un environnement réglementaire favorable, ajoutent près de 2 900 vols supplémentaires vers l'Europe sur la saison estivale par rapport à l'an dernier. Cependant, les transporteurs européens reviennent progressivement sur le marché, en augmentant fréquences et capacités sur les grandes liaisons comme Paris, Amsterdam, Francfort, Londres ou Zurich.
**Le retour prudent des compagnies européennes**
En mai 2025, OAG recense 508 vols opérés par des compagnies européennes (hors transporteurs russes) sur les routes Chine-Europe, un volume qui devrait atteindre 551 rotations mensuelles en juillet et août. L'an passé, la progression était bien plus modeste, passant de 445 à 463 vols entre mai et août. Parmi les opérateurs européens les plus présents figurent Air France, Air Serbia, British Airways, Finnair, KLM, Lufthansa, Swiss et Turkish Airlines, avec des programmes combinant dessertes des grands hubs et quelques liaisons secondaires. Le rapport de forces reste toutefois largement favorable aux compagnies chinoises, qui contrôlent désormais plus de 80 % des capacités sur le marché Chine-Europe (hors Russie), contre environ les deux tiers avant la pandémie.
**Des détours coûteux via l'Arctique et le Moyen-Orient**
Contrairement à leurs homologues chinoises, les compagnies européennes demeurent interdites de survol de la Russie depuis les contre-sanctions décidées par Moscou en 2022, en réponse aux mesures occidentales liées à la guerre en Ukraine. Elles doivent donc rallonger leurs routes en contournant la Sibérie, ce qui ajoute généralement deux à trois heures par vol et renchérit sensiblement la facture carburant et les coûts d'équipage. Selon les estimations relayées par OAG, ces détours peuvent représenter « au moins 10 000 dollars de coûts supplémentaires par heure de vol », un handicap compétitif majeur face aux transporteurs chinois qui continuent d'emprunter les routes les plus directes. À cette contrainte structurelle s'ajoutent les tensions au Moyen-Orient, qui poussent de nombreux opérateurs à éviter l'espace aérien iranien depuis les frappes américano-israéliennes fin février, compliquant aussi les grands axes Europe-Asie du Sud-Est. Le prix du carburant reste élevé : au 1er mai, le kérosène atteignait 181,22 dollars le baril, selon l'IATA, ce qui pèse d'autant plus sur des liaisons long-courrier déjà rallongées. Dans ce contexte, plusieurs compagnies européennes ont réduit ou suspendu certaines routes vers la Chine ces derniers mois, mais d'autres, comme Air France-KLM ou Turkish Airlines, choisissent de renforcer leurs liaisons les plus rentables.
**La Chine, destination de report pour les touristes européens**
Les restrictions de survol et la dégradation de la situation sécuritaire au Moyen-Orient compliquent l'exploitation des grands axes Europe-Asie du Sud-Est, poussant une partie des voyageurs européens à se reporter sur d'autres destinations asiatiques. Parallèlement, la Chine multiplie les assouplissements de visa pour plusieurs pays européens, autorisant des séjours de courte durée sans visa pour certains ressortissants et simplifiant les formalités d'entrée depuis 2023. « La demande provient de l'augmentation des voyages vers la Chine en provenance d'Europe », résume l'analyste indépendant Li Hanming, cité par le South China Morning Post. « Avec la réduction des vols vers l'Asie du Sud-Est, les visiteurs européens considèrent la Chine comme une bonne destination pour cet été. L'espace aérien russe n'est plus un obstacle majeur », ajoute-t-il, en soulignant que les passagers s'habituent à ces itinéraires plus longs et que l'offre augmente malgré tout. Cette recomposition de la demande profite directement aux grandes métropoles chinoises – Pékin, Shanghai, Canton, Shenzhen – mais aussi à certaines villes secondaires reliées par les majors chinoises, qui développent à marche forcée leur réseau européen. Pour les transporteurs européens, l'enjeu est de capter une partie de ce flux en jouant la carte du vol direct, de la qualité de service et des correspondances fluides vers le reste de leur réseau long-courrier.
**Air France-KLM muscle son offre vers Shanghai et Pékin**
Au sein du paysage européen, le groupe Air France-KLM se positionne en première ligne sur le marché Chine-Europe, avec un renforcement progressif de ses capacités sur la Chine continentale. Selon les informations relayées par la presse chinoise, Air France passera cet automne de 7 à 10 vols hebdomadaires entre Shanghai-Pudong et Paris-Charles-de-Gaulle, en ajoutant trois rotations diurnes entre le 11 septembre et le 25 octobre. Cette décision illustre la stratégie du groupe pour rester compétitif sur les liaisons clés malgré les surcoûts. Pour les étudiants ATPL et les contrôleurs aériens, cet article met en lumière l'impact concret des tensions géopolitiques sur la planification des vols, la gestion du carburant et l'optimisation des routes – des sujets essentiels dans leur formation.