**EasyJet rejette l'offre de Castlelake mais laisse la porte ouverte à une meilleure proposition – Ce que les étudiants ATPL/ATC doivent savoir**
La compagnie low-cost britannique easyJet a rejeté à l'unanimité une quatrième offre de rachat du fonds d'investissement américain Castlelake, valorisant le transporteur à environ 4,9 milliards de livres sterling (5,8 milliards d'euros). Cependant, dans un mouvement nuancé, le conseil d'administration a signalé sa volonté d'accorder un accès limité à ses données financières, laissant entrevoir la possibilité d'une offre améliorée. La proposition la plus récente, fixée à 650 pence par action, a été jugée « substantiellement inférieure » à la valeur réelle du groupe, le conseil évoquant également « d'importantes incertitudes quant à la faisabilité » de l'opération.
Dans un communiqué publié le 25 juin, easyJet précise : « Le conseil estime que donner à Castlelake accès à des informations commerciales limitées pourrait conduire à une proposition plus attractive, reflétant mieux la valeur d'easyJet, ses perspectives et les intérêts de ses actionnaires. » Cette offre marque une escalade progressive depuis la première proposition du 1er juin à 403 pence par action, portée ensuite à 625 pence avant d'atteindre 650 pence. En Bourse, le titre a réagi positivement, progressant d'environ 6 % pour atteindre 573 pence dans l'après-midi du 25 juin.
Castlelake, basé à Minneapolis et gérant environ 38 milliards de dollars d'actifs, est déjà actionnaire minoritaire d'easyJet et se spécialise dans le leasing d'avions et le financement aéronautique. Il détient également 32 % du capital de SAS, tandis qu'Air France-KLM en possède près de 20 %, avec la possibilité de monter ultérieurement au contrôle, ce qui nourrit les spéculations sur un rôle potentiel du groupe franco-néerlandais dans la recomposition capitalistique d'easyJet si le fonds américain cherchait des partenaires aériens européens pour respecter les règles de propriété de l'UE.
**Un obstacle réglementaire clé : les règles de propriété de l'UE**
Au-delà du prix, la structure même de l'opération soulève des questions majeures. EasyJet rappelle ses « préoccupations concernant la structure de propriété et la faisabilité » d'une éventuelle offre. Un point crucial tient à la réglementation européenne : pour conserver leur licence d'exploitation au sein de l'Union européenne, les compagnies aériennes doivent être détenues et contrôlées majoritairement par des intérêts européens. Pour conserver ses droits de trafic au sein de l'UE, easyJet doit rester détenue à plus de 50 % par des intérêts européens. Dans ce contexte, Castlelake ne pourrait en théorie acquérir qu'une participation maximale de 49 %.
Selon plusieurs sources concordantes, le fonds américain étudierait une structure complexe reposant sur un consortium d'investisseurs, incluant des partenaires européens, afin de respecter ce seuil réglementaire. Une autre option évoquée serait une dissociation entre propriété économique et contrôle opérationnel, via des mécanismes de gouvernance spécifiques. Toutefois, ces montages restent incertains et constituent précisément l'un des points de vigilance majeurs soulevés par le conseil d'administration d'easyJet, qui redoute des délais prolongés et des risques d'exécution élevés. Ce critère avait déjà pesé lourdement sur plusieurs projets de rachat dans le secteur aérien, notamment après le Brexit, qui a complexifié la structure capitalistique des transporteurs britanniques opérant en Europe.
EasyJet avait mis en place, après le Brexit, un dispositif juridique spécifique pour rester conforme aux règles européennes de propriété et de contrôle, qui imposent qu'une compagnie détenant un AOC européen soit majoritairement détenue et contrôlée par des intérêts de l'UE, de la Suisse, de la Norvège, de l'Islande ou du Liechtenstein. Concrètement, la société a fixé un plafond de 49,5 % pour les actionnaires non-UE (dont les actionnaires britanniques depuis le 1er janvier 2021) et peut suspendre les droits de vote au-delà de ce seuil afin de garantir que la majorité des droits de vote reste entre les mains d'actionnaires éligibles de l'UE.
**Un groupe convoité aux fondations solides**
Malgré ces tentatives de rachat, easyJet reste l'un des principaux acteurs du low-cost en Europe, avec une stratégie recentrée sur les aéroports principaux et une montée en gamme progressive, notamment via sa filiale easyJet holidays. Lancée en 2019, cette activité de voyages à forfait représente désormais une part significative des résultats, avec environ 1,4 milliard de livres de chiffre d'affaires et quelque 250 millions de livres de bénéfice avant impôt sur le dernier exercice, soit plus d'un quart du profit du groupe. Dans ce contexte, le conseil d'administration semble déterminé à ne céder qu'à une valorisation reflétant pleinement le potentiel du groupe, tout en gardant la porte ouverte à une meilleure offre.
**Ce que cela signifie pour les étudiants ATPL/ATC**
Ce cas est un exemple concret de l'impact des règles de propriété et de contrôle de l'UE (Règlement (CE) 1008/2008) sur les opérations aériennes, les licences et les décisions stratégiques. Comprendre ces règles est essentiel pour les candidats ATPL étudiant le droit aérien et pour les étudiants ATC qui doivent saisir l'environnement réglementaire affectant les droits des transporteurs à exploiter des routes en Europe.