EasyJet a conclu un accord de principe pour un rachat à 5,5 milliards de livres (6,4 milliards d’euros) par le fonds d’investissement américain Castlelake, une opération qui retirerait la compagnie low‑cost britannique de la Bourse de Londres et ouvrirait une nouvelle phase pour son modèle économique. L’offre, à 6,90 £ par action, valorise la compagnie à 5,5 milliards de livres sur une base pleinement diluée, après plusieurs propositions antérieures jugées trop basses. Le conseil d’administration, présidé par Stephen Hester, a indiqué qu’il serait enclin à recommander cette offre aux actionnaires, bien que certains investisseurs continuent de réclamer un prix supérieur à 7 £. Castlelake dispose jusqu’au 3 août pour déposer une offre ferme ou renoncer, conformément aux règles britanniques sur les prises de contrôle.
La transaction est structurée via un véhicule ad hoc détenu à 49 % par Castlelake et des co‑investisseurs, les 51 % restants étant détenus par des ressortissants de l’Union européenne, notamment Peter Bellew (ancien PDG de Malaysia Airlines) et Mark Breen de l’irlandais Oneiros Aerospace. Cette structuration répond aux exigences de contrôle et de propriété européennes, qui imposent que les compagnies aériennes bénéficiant de droits de trafic intra‑UE soient majoritairement détenues et contrôlées par des intérêts européens. L’opération retirerait EasyJet du FTSE 250 et s’inscrit dans un mouvement plus large de sociétés britanniques quittant la cote londonienne, dans un contexte de marché jugé peu favorable. Pour le fondateur Stelios Haji‑Ioannou et sa famille, qui détiennent plus de 15 % du capital, la vente pourrait rapporter près de 800 millions de livres.
EasyJet, basée à l’aéroport de Luton, opère depuis 164 aéroports dans 38 pays et emploie environ 19 000 personnes, ce qui en fait l’un des principaux acteurs du court‑courrier européen. La compagnie a connu des difficultés en 2026, avec deux avertissements sur résultats au printemps, liés à la hausse brutale des coûts de carburant et à un ralentissement des réservations en raison du conflit impliquant les États‑Unis, Israël et l’Iran. EasyJet a indiqué que le conflit avait entraîné une hausse de 25 millions de livres de sa facture de carburant en un mois et que les réservations d’été étaient en baisse par rapport à l’année précédente, pesant sur les marges. La concurrence de Ryanair, Wizz Air et Jet2, tous positionnés sur des modèles low‑cost avec une forte discipline de capacité et de yield, ajoute une pression supplémentaire. Les surcharges carburant, les coûts réglementaires (sécurité, environnement, compensation passagers) et la guerre des prix fragilisent la rentabilité des transporteurs point‑à‑point.
Pour Castlelake, spécialiste du leasing et des financements adossés à des avions, la maîtrise d’une flotte d’environ 350 appareils Airbus pourrait permettre d’optimiser la structure de financement de la compagnie ou de procéder à des arbitrages d’actifs, notamment autour de la branche EasyJet Holidays. Castlelake faisait partie du consortium qui a recapitalisé SAS, la compagnie scandinave, via une conversion de dette en capital, avant que ce bloc ne soit promis à Air France‑KLM. Le groupe franco‑néerlandais a annoncé son intention de racheter les participations de Castlelake et de Lind Invest dans SAS pour porter sa part de 19,9 % à 60,5 %, sous réserve des autorisations réglementaires, avec une finalisation visée au second semestre 2026.
Si l’offre est formalisée puis approuvée par les actionnaires et les autorités de la concurrence et de l’aviation civile, EasyJet rejoindra la liste croissante des transporteurs européens passés sous contrôle de fonds d’investissement ou de grands groupes aériens. La sortie de la Bourse pourrait offrir à la compagnie davantage de latitude pour réorganiser son modèle, ajuster sa capacité ou renégocier sa base de coûts, à l’abri de la volatilité boursière et des attentes de résultats trimestriels. Pour les élèves ATPL et les contrôleurs aériens, cette opération illustre comment les restructurations financières et la conformité réglementaire (notamment les règles de propriété européenne) influencent directement les stratégies des compagnies, la planification des flottes et les décisions de réseau. Comprendre ces dynamiques est essentiel pour les futurs pilotes et contrôleurs qui évolueront dans des cadres corporatifs et réglementaires en constante évolution.