La Chine intensifie sa stratégie pour protéger le programme d’avions de ligne C919 des risques de sanctions occidentales, tout en préparant une refonte de la cabine pour rapprocher son monocouloir des standards de confort des Boeing 737 MAX et Airbus A320neo. Un document de référence signé par l’ingénieur Zhang Yanzhong, figure clé du programme, plaide pour une chaîne d’approvisionnement quasi intégralement nationale, tandis que Comac planche déjà sur des compartiments à bagages plus grands, une climatisation améliorée et divers raffinements cabine pour séduire les passagers chinois.
Le C919 est la pièce maîtresse de la stratégie de Pékin pour réduire la dépendance du pays au duopole Boeing–Airbus sur le segment des monocouloirs de 150 à 190 sièges. Certifié par l’aviation civile chinoise en 2022, l’appareil a depuis effectué ses premiers vols commerciaux en 2023, essentiellement sous les couleurs de China Eastern, avant de rejoindre les flottes d’Air China et China Southern. Selon des données communiquées par le ministère chinois des Transports, 37 C919 avaient été livrés fin 2025, desservant plus de 20 villes et totalisant quelque 4 millions de passagers transportés en trois ans. Comac affiche des performances proches de celles des A320neo et 737 MAX, avec une capacité maximale de l’ordre de 168–190 sièges selon la configuration, un rayon d’action voisin de 4000 à 5500 km et un fuselage légèrement plus large que celui de ses concurrents, ce qui offre une certaine marge de manœuvre en matière de confort cabine.
Trois ans après l’entrée en service du C919, l’« effet nouveauté » du premier monocouloir chinois s’estompe et les critiques se concentrent désormais sur la cabine. D’après une source anonyme citée par le South China Morning Post, Comac reconnaît que « l’expérience passagers » constitue l’un des points faibles de l’appareil par rapport aux monocouloirs occidentaux, notamment sur la capacité des coffres à bagages. « Comac a compris qu’il devait rendre le C919 aussi confortable que possible, maintenant que l’effet de nouveauté du jet national s’est estompé et que des critiques émergent concernant l’expérience cabine », indique cette source proche du dossier. Parmi les évolutions à l’étude figurent « des coffres à bagages plus volumineux et des buses de climatisation anti-gouttelettes », afin de réduire les désagréments liés aux condensations parfois observées à bord. Les bacs supérieurs actuels du C919 sont plus petits que ceux des A320neo ou 737 MAX, ce qui oblige fréquemment les équipages à demander aux passagers d’enregistrer en soute des valises cabine pourtant conformes, un irritant majeur sur les lignes intérieures chinoises à forte densité. Comac envisage de tirer parti de la largeur légèrement supérieure du fuselage pour permettre un rangement des valises « sur la tranche », à la manière d’un rayonnage de livres, plutôt qu’à plat, ce qui augmenterait sensiblement la capacité sans alourdir excessivement la structure.
Le constructeur souhaite toutefois conserver des coffres placés plus bas que sur les avions occidentaux, afin de les adapter à la taille moyenne de la clientèle chinoise et de faciliter l’accès aux commandes individuelles – liseuse, réglage de ventilation. Cette approche illustre la volonté de Comac de développer une ergonomie spécifique à son marché domestique, tout en cherchant à offrir un niveau de confort perçu comparable aux standards internationaux. D’autres améliorations sont évoquées : tablettes plus grandes, dossiers de sièges plus épais et davantage ergonomiques, ainsi qu’une possible montée en gamme des équipements de confort. Comac entend conserver certains atouts déjà appréciés, comme les grands hublots, l’éclairage LED d’ambiance permettant des dégradés colorés, des espaces légèrement élargis pour les sièges centraux, ainsi que des offices et toilettes plus généreux. Les compagnies clientes pourraient aussi disposer d’un catalogue élargi d’options : prises de recharge à chaque siège, écrans individuels de divertissement avec télécommandes, voire mini-cabines premium sur mesure pour les grandes compagnies chinoises ou, plus tard, pour d’éventuels opérateurs étrangers.
Au‑delà de la cabine, le C919 reste freiné par plusieurs contraintes structurelles : une capacité de production encore modeste, des retards liés au moteur et l’absence de certification en Europe ou aux États‑Unis. Comac visait pour 2025 un cadence de production de l’ordre de plusieurs dizaines de C919 par an, mais la pression sur la chaîne d’approvisionnement et les difficultés à stabiliser la montée en cadence l’ont conduite à revoir à la baisse ses objectifs, avec environ 25 livraisons programmées selon des sources industrielles. Le cœur de la vulnérabilité du programme réside dans le moteur Leap‑1C, développé par CFM International, coentreprise entre l’américain GE Aerospace et le français Safran. En 2020, ce moteur a déjà connu une « crise de rupture d’approvisionnement », résolue grâce à une licence d’exportation temporaire accordée côté américain, rappelant la dépendance extrême de Comac à un équipement critique soumis aux régimes de contrôle des exportations. Sur le plan commercial, le C919 reste cantonné au marché intérieur chinois et à quelques clients étroitement liés à Pékin, faute de certification par les autorités américaine (FAA) ou européenne (EASA). Comac a engagé un dialogue technique avec l’EASA en vue d’une reconnaissance de type, mais la guerre commerciale sino‑américaine, les tensions technologiques et les exigences de sécurité rendent toute avancée lente et incertaine. Sans certification occidentale, l’appareil est de facto exclu des marchés les plus lucratifs – Europe, Amériques, une partie de l’Asie.
Pour les élèves ATPL et les contrôleurs aériens, l’évolution du C919 est une étude de cas sur la manière dont les facteurs géopolitiques et les dépendances de la chaîne d’approvisionnement influencent le développement et la certification des aéronefs. Comprendre ces dynamiques est crucial pour les futurs pilotes et contrôleurs qui pourraient rencontrer le C919 sur des routes internationales ou dans des scénarios de formation, surtout alors que la Chine pousse pour une reconnaissance mondiale de ses normes aéronautiques.