Le 12 août, Air China a opéré le premier vol commercial international régulier du COMAC C919, reliant l'aéroport de Pékin-Capitale à Oulan-Bator, en Mongolie. Ce service quotidien, numéroté CA723/CA724, marque une étape symbolique pour l'industrie aéronautique chinoise : le biréacteur monocouloir, entré en service commercial chez China Eastern en mai 2023, n'avait jusqu'ici volé que sur des routes domestiques. Le choix d'Oulan-Bator est stratégique : une liaison courte d'un peu plus de deux heures qui minimise les risques opérationnels tout en démontrant la capacité de l'avion à franchir une frontière dans le cadre d'une exploitation régulière, et non seulement lors de vols de démonstration ou de convoyage.
Sur le papier, le C919 se positionne au cœur du marché mondial des moyen-courriers, face à l'Airbus A320neo et au Boeing 737 MAX. Avec une capacité de 158 à 192 sièges et un rayon d'action de 4 075 à 5 555 km selon les versions, il est conçu pour les routes asiatiques à forte densité. Cependant, la réalité industrielle est loin derrière l'ambition. COMAC n'a livré que 15 C919 en 2025, bien loin de l'objectif de 75 appareils, et seulement trois au premier trimestre 2026. Le carnet de commandes dépasse le millier d'unités, mais la montée en cadence reste entravée par des problèmes de chaîne d'approvisionnement. Des analystes comme Rob Morris de Ascend by Cirium notent que le rythme de développement et de production de COMAC est tout simplement trop lent pour concurrencer Airbus et Boeing à court terme, et que le constructeur doit aussi fournir une assistance 24h/24 et 7j/7 pour égaler la fiabilité des types établis.
Au-delà de la production, la dépendance du C919 à l'égard de fournisseurs occidentaux—notamment les moteurs LEAP-1C de CFM International et l'avionique—expose le programme à des risques géopolitiques et de chaîne d'approvisionnement. La certification est un autre obstacle : l'avion détient un certificat de type chinois de la CAAC, mais pas de validation EASA ni FAA. L'EASA a mené des vols d'essai à Shanghai, mais son directeur exécutif estimait en 2025 que la certification européenne pourrait prendre trois à six ans. Pour les étudiants en aviation, cette étude de cas illustre l'écart entre un premier vol réussi et un programme d'avion mature et compétitif à l'échelle mondiale—une leçon sur les complexités de la certification, des chaînes d'approvisionnement et du soutien après-vente qui définissent le monde réel de l'aviation commerciale.