Les syndicats de pilotes belges ont déposé un préavis de grève pour dénoncer une « situation injuste » née de la collision entre le droit européen de la sécurité aérienne, qui interdit de voler au-delà de 65 ans, et la réforme belge des retraites, qui repousse l'âge légal à 66 puis 67 ans. Ils exigent une solution structurelle, tandis que Brussels Airlines juge la menace de grève « irresponsable » dans un secteur déjà fragilisé par les conflits sociaux et les tensions géopolitiques.
En front commun, les syndicats ACV/CSC, ABVV/FGTB et ACLVB/CGLSB ont publié un préavis de grève couvrant l'ensemble du secteur aérien belge à compter de ce lundi. Leur objectif : forcer les autorités fédérales à résoudre une contradiction devenue explosive pour les pilotes de ligne. Depuis le 1er janvier 2025, la réforme des retraites en Belgique prévoit un relèvement progressif de l'âge légal à 66 ans, puis 67 dans les prochaines années. Or, le droit européen, reprenant les standards de l'OACI et transposé dans le règlement (UE) n°1178/2011, interdit aux pilotes d'effectuer des vols commerciaux après 65 ans, ou même 60 ans en opérations monopilote. « Cette combinaison est tout simplement absurde », dénoncent les syndicats. « On exige des pilotes qu'ils continuent à travailler, alors qu'en même temps ils doivent arrêter d'exercer leur métier de base à 65 ans. La législation est clairement dépassée. »
Pour les représentants des pilotes, cette situation crée un vide juridique et social : à 65 ans, les commandants de bord et copilotes doivent quitter le cockpit pour des raisons de sécurité, mais n'ont pas encore accès à une pension complète selon les nouvelles règles belges. L'Association belge des pilotes de ligne (BeCA) parle de « déconnexion grave entre la réglementation européenne et la réforme belge des pensions ». Un post de l'association résume : « Le droit de l'UE interdit aux pilotes de ligne d'opérer au-delà de 65 ans. Pourtant, depuis le 1er janvier 2025, la Belgique exige que tous les travailleurs restent actifs jusqu'à 66 ans, bientôt 67. Cela laisse les pilotes dans un vide juridique : cloués au sol par la sécurité aérienne, mais trop jeunes pour bénéficier pleinement de leurs droits à la pension nationale. »
Les syndicats jugent la situation « de plus en plus intenable » et préviennent que, sans intervention rapide, la tension au sein de la profession risque de s'aggraver. Ils citent notamment le cas récent d'un pilote licencié le jour de ses 65 ans pour « force majeure », faute de pouvoir continuer à voler, illustrant l'absurdité du cadre légal actuel.
Le ministre des Pensions, Jan Jambon, estime que seule une minorité de pilotes serait pénalisée, la plupart remplissant la condition de carrière de 42 ans pour un départ anticipé avant 65 ans, ou pouvant se reconvertir vers des fonctions non volantes. Cette argumentation est fermement rejetée par les organisations de pilotes. BeCA affirme « s'opposer vigoureusement à la réaction du ministre Jambon, qui ne s'attaque pas au cœur des problèmes de notre système de pension ». Les syndicats dénoncent un discours qui « renvoie la responsabilité sur les individus et leur employabilité » sans modifier un cadre légal jugé « fondamentalement insoutenable ».
En déposant ce préavis de grève, les syndicats veulent mettre la pression sur le gouvernement pour obtenir des solutions « structurelles et équitables ». Plusieurs pistes sont évoquées : régime dérogatoire pour les pilotes, prise en compte de la pénibilité et des contraintes médicales, adaptation de la durée de carrière, ou mécanisme de passerelle vers la retraite à 65 ans en cohérence avec les règles européennes.
Brussels Airlines a vivement réagi, qualifiant la menace de grève « d'irresponsable » tout en affirmant « comprendre les préoccupations des pilotes ». La compagnie, filiale du groupe Lufthansa, assure poursuivre le dialogue mais estime que des actions de grève ne constituent « pas la bonne réponse », le litige portant sur un conflit de normes. Elle rappelle que le secteur a déjà subi plusieurs mouvements sociaux, dont des grèves de pilotes en 2022, des menaces en 2024 et des grèves nationales liées aux réformes des pensions en 2025 et 2026. « Dans un contexte de forte incertitude géopolitique et de hausse des coûts, chaque journée de grève fragilise davantage la compagnie, ses passagers et l'ensemble de l'écosystème aérien belge », prévient la direction.