American Airlines a de nouveau recours au marché des titres adossés à des avions pour se financer, en levant environ 1,14 milliard de dollars via une émission d'Enhanced Equipment Trust Certificates (EETC). L'opération, désignée série 2026-1, est garantie par un portefeuille de 32 appareils Airbus et Boeing, combinant monocouloirs de nouvelle génération et gros-porteurs long-courriers. Il s'agit d'une manœuvre typique de la finance aéronautique américaine, permettant aux transporteurs de monétiser la valeur résiduelle de leurs avions pour absorber le choc de la flambée des prix du carburant, qu'American estime à plus de 4 milliards de dollars de surcoût annuel en 2026 si les prix restent élevés.
Les EETC sont des obligations sécurisées largement utilisées par les compagnies américaines pour accéder à des conditions de financement proches de l'« investment grade » malgré une notation de crédit plus faible. Selon S&P Global Ratings, qui a analysé la série 2026-1, ces structures permettent aux émetteurs à haut rendement d'emprunter sur le marché de l'investissement en utilisant les avions comme collatéral prioritaire. Le collatéral comprend six Airbus A321XLR neufs ou en cours de livraison (prévus entre mi-2025 et mi-2026), onze Boeing 737 MAX 8 livrés récemment et mis en service en 2026, douze Airbus A321ceo livrés entre 2013 et 2015, et trois Boeing 777-300ER datant de 2013. Ce mélange offre aux investisseurs une diversification en termes d'âge, de type d'appareil et de profil de marché (domestique, transcontinental et long-courrier).
Les A321XLR joueront un rôle clé dans la stratégie long-courrier d'American, notamment sur les liaisons transatlantiques où leur rayon d'action et leur densité de cabine optimisée offrent un avantage concurrentiel. Les 737 MAX 8, plus récents, génèrent des économies de carburant significatives par rapport aux générations précédentes, renforçant l'attrait du collatéral dans un contexte de prix du pétrole incertain. Les 777-300ER restent des piliers du long-courrier sur les marchés majeurs et conservent une valeur résiduelle appréciable malgré l'arrivée de nouveaux types comme le 787 et le 777X.
American prévoit d'utiliser le produit net de cette émission pour deux objectifs principaux : financer les livraisons de 17 nouveaux avions et refinancer les prêts associés à 15 appareils déjà en service. Cette stratégie permet de remplacer des financements bancaires ou des crédits export potentiellement plus coûteux par des EETC mieux notés, assortis de coupons plus attractifs. Selon Bloomberg, la portion longue de l'émission, d'environ 905 millions de dollars, offrirait un rendement autour de 5,625 %, tandis que les notes plus courtes sur neuf ans seraient émises avec un rendement proche de 5,75 %, après un prix initial envisagé plus élevé. Pour un transporteur très exposé à la hausse de ses coûts d'exploitation, cette capacité à accéder à ce type de financement adossé à sa flotte est stratégique. Elle contribue à lisser le profil d'amortissement des avions, à optimiser le coût moyen de la dette et à préserver une partie de la trésorerie pour d'autres besoins opérationnels ou d'investissement, notamment dans l'expérience client et les opérations.
Cette opération intervient alors qu'American Airlines subit de plein fouet la flambée des prix du carburant liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. La compagnie a revu à la baisse ses perspectives de bénéfice pour 2026, indiquant que la hausse du prix du jet fuel pourrait ajouter plus de 4 milliards de dollars à sa facture annuelle si les prix demeurent à leurs niveaux actuels. Les EETC sont depuis longtemps un instrument privilégié de financement pour les compagnies américaines, au croisement du financement d'actifs et du marché obligataire. Dans ces montages, les avions sont placés dans des entités ad hoc qui émettent des certificats auprès des investisseurs ; en cas de défaut, ces derniers bénéficient de droits prioritaires sur les appareils financés.