**Une étape pour le carburant de synthèse**
American Airlines a marqué l'histoire en effectuant le premier vol commercial de passagers aux États-Unis utilisant du carburant d'aviation durable électrosynthétique (eSAF) sur un service régulier entre l'aéroport international de Corpus Christi (CRP) et Dallas/Fort Worth (DFW). Le vol, opéré par un Embraer E175 d'American Eagle, a été propulsé par un mélange d'eSAF et de Jet A conventionnel. Ce n'est pas la première fois que l'eSAF est utilisé dans l'aviation commerciale — KLM a volé avec de l'eSAF en 2021 — mais c'est la première livraison d'un SAF non biosourcé dans le système de carburant partagé d'un aéroport commercial américain.
**Comment l'eSAF est produit et pourquoi c'est important**
L'eSAF utilisé lors de ce vol a été produit par Infinium à son installation Pathfinder à Corpus Christi, en exploitation depuis 2023. Cette installation utilise un procédé power-to-liquids qui combine du dioxyde de carbone (CO₂) capturé avec de l'hydrogène produit à partir d'électricité renouvelable pour créer des hydrocarbures de synthèse, ensuite raffinés en carburant aéronautique. Contrairement aux SAF conventionnels issus d'huiles de cuisson usagées ou de déchets agricoles, l'eSAF ne repose pas sur des matières premières biosourcées. Infinium avance une réduction potentielle des émissions de gaz à effet de serre de plus de 90% sur l'ensemble du cycle de vie par rapport au kérosène fossile, bien que cela dépende de l'origine renouvelable de l'électricité et du CO₂ utilisés.
**Compatibilité drop-in : un atout opérationnel majeur**
L'enseignement clé de cette opération est la démonstration de la compatibilité drop-in. L'eSAF a été mélangé avec du kérosène conventionnel et testé pour répondre aux spécifications ASTM, permettant son utilisation dans les moteurs, les systèmes de stockage et les infrastructures d'avitaillement existants sans aucune modification. C'est crucial pour l'industrie aéronautique car cela signifie que l'eSAF peut être adopté sans attendre le renouvellement des flottes ou la construction d'infrastructures dédiées. Cependant, les limites réglementaires de mélange s'appliquent toujours, comme le précise la norme ASTM D7566, qui autorise jusqu'à 50% de composants synthétiques selon les filières.
**La route à suivre : montée en échelle et défis**
American Airlines a signé un accord pour acheter de l'eSAF du projet Roadrunner d'Infinium à Pecos, au Texas, dont la mise en service est prévue pour 2027, avec une capacité de plus de 5 millions de gallons par an. Malgré ces progrès, l'échelle de production reste minuscule par rapport à la demande mondiale. L'IATA prévoit une production mondiale de SAF de 2,4 millions de tonnes en 2026, soit seulement 0,8% de la consommation mondiale de carburant aérien. Le coût élevé du SAF demeure un frein majeur à son adoption à grande échelle.
**Implications pour la formation aéronautique**
Pour les étudiants ATPL et ATC, ce développement souligne l'importance croissante de comprendre les carburants alternatifs et leurs implications opérationnelles. À mesure que l'eSAF se généralisera, les pilotes et les contrôleurs devront connaître les types de carburant, les procédures de manutention et le cadre réglementaire qui les régit. Cette connaissance sera essentielle pour les futurs professionnels de l'aviation alors que l'industrie transitionne vers des pratiques plus durables.