Le remplacement des deux Boeing 747-200 présidentiels américains, connu sous le nom de programme VC-25B, fait face à des retards de plus en plus graves. Un document du Pentagone préparé pour le budget de l’exercice 2027 met en évidence des retards persistants dans la définition et la certification de l’intérieur de la cabine, qui se répercutent désormais sur le câblage, les modifications structurelles et la préparation des essais. Malgré ces défis, Boeing maintient son objectif de livrer le premier appareil en 2028.
Le VC-25B n’est pas un simple transport VIP ; c’est un poste de commandement aéroporté conçu pour transporter le président américain en toutes circonstances. Le programme exige une cabine présidentielle, des communications sécurisées, une avionique militaire, des systèmes d’autoprotection, une alimentation électrique renforcée et la capacité d’opérer avec une autonomie accrue au sol. Ce cahier des charges complexe explique en partie la difficulté du chantier. Cependant, l’aménagement intérieur, déjà fragilisé par le changement de fournisseur après la rupture du contrat avec GDC Technics en 2021, reste en retard. Selon le rapport, « la maturité de conception de l’intérieur de l’avion continue d’accuser du retard en raison de nombreux problèmes techniques et de certification ».
Ce retard ne se limite pas à la cabine ; il se propage à la définition et à la fabrication des faisceaux électriques (Electrical Wiring Interconnection System) ainsi qu’aux travaux structurels. En conséquence, des études doivent être reprises et des éléments déjà modifiés sont de nouveau affectés par les évolutions de conception—un cycle particulièrement pénalisant pour une conversion aussi complexe. De plus, les deux 747-8 nécessitent des interventions sur les lisses longitudinales (stringers) du fuselage, qui participent à la reprise des efforts structuraux. En avril, il restait 95 réparations ou installations à réaliser sur le premier appareil et 142 sur le second. Ce dossier n’est pas nouveau : un rapport officiel américain avait déjà fait état de fissures confirmées autour de cadres de portes et d’une vaste campagne d’inspections sur les deux avions.
Autre difficulté, beaucoup plus inhabituelle pour un programme présidentiel : l’absence de pare-brise de rechange certifiés pour le 747-8 civil. PPG travaille sur une nouvelle définition commerciale, encore à certifier, parallèlement à une version adaptée au VC-25B. Les hublots passagers constituent eux aussi un risque : GKN doit satisfaire des exigences très strictes en matière de défauts et de particules dans les vitrages. Tout décalage pourrait repousser les essais de pressurisation, puis l’installation finale de la cabine et les essais au sol comme en vol.
L’US Air Force vise désormais une livraison du premier VC-25B en 2028, puis du second en 2029. Le calendrier apparaît toutefois tendu : toute découverte technique, toute retouche structurelle ou tout glissement de la campagne d’essais pourrait rendre ces jalons difficiles à tenir. Boeing a déclaré en juillet rester engagé sur une livraison en 2028, tout en inscrivant une charge de 280 millions de dollars au deuxième trimestre pour renforcer ses moyens de production et de certification. Le contrat à prix forfaitaire de 3,9 milliards de dollars, conclu en 2018, devait initialement aboutir à la livraison des deux appareils en 2024. Il est devenu une source de lourdes pertes pour Boeing, confronté à l’ampleur des modifications, aux difficultés d’approvisionnement et à la rareté de personnels habilités à travailler sur un programme aussi sensible. L’avionneur accuse désormais environ quatre ans de retard sur son échéance initiale.
En attendant, les deux VC-25A—des Boeing 747-200 mis en service en 1990—resteront disponibles. Le Pentagone assure que l’US Air Force conservera ces appareils « disponibles et prêts pour la mission jusqu’à ce que les VC-25B soient en mesure de remplir l’ensemble des exigences opérationnelles ». Un 747-8i auparavant exploité pour l’État du Qatar sert désormais de solution transitoire. L’US Air Force indiquait en mai que cet appareil « Bridge » avait achevé ses modifications et ses essais en vol, avant sa livraison cet été 2026 au Presidential Airlift Group. Il ne remplace donc pas les VC-25B, mais doit alléger la pression sur une flotte VC-25A vieillissante pendant que le programme principal poursuit sa transformation. Il a effectué sa première mission avec le président américain à bord le 1er juillet, entre la base d’Andrews et le Dakota du Nord, devenant alors Air Force One—l’indicatif attribué à tout avion de l’US Air Force transportant le chef de l’État.