L'Association internationale du transport aérien (IATA) a publié son analyse du marché du fret aérien pour mars 2026, révélant une baisse de 4,8% de la demande mondiale mesurée en tonnes-kilomètres de fret (CTK) par rapport à mars 2025. Le trafic international a chuté encore plus fortement, de 5,5%. Le principal responsable : le conflit en cours au Moyen-Orient, qui a gravement perturbé les opérations dans les grands hubs du Golfe. La capacité (ACTK) s'est également contractée de 4,7% au niveau mondial, et de 6,8% pour les seules opérations internationales, laissant le coefficient de remplissage quasi inchangé à 47,9%.
Willie Walsh, directeur général de l'IATA, a déclaré : « La demande de fret aérien a diminué de 4,8% en mars par rapport à l'année précédente, principalement en raison des perturbations sévères dans les grands hubs du Golfe provoquées par la guerre au Moyen-Orient. » Il a noté que le ralentissement saisonnier habituel après le Nouvel An lunaire a également contribué, mais a souligné que les tendances sous-jacentes restent solides, les prévisions de l'OMC et du FMI tablant toujours sur une croissance en 2026. Le choc géopolitique est spectaculaire : les transporteurs du Moyen-Orient ont retiré à eux seuls près de 1,7 milliard de CTK du marché en mars, effaçant largement les gains enregistrés ailleurs. Le conflit, déclenché fin février, a entraîné l'annulation ou le reroutage de la grande majorité des vols vers et depuis la région, avec plus de 70% des sièges-kilomètres disponibles (ASK) supprimés en quelques jours.
La performance régionale montre un monde à deux vitesses. Les compagnies africaines ont signé la meilleure performance mondiale avec une hausse de 7,0% de la demande, tandis que leur capacité reculait de 4,6%, portant le coefficient de remplissage à 49,6% (+5,4 points). Cette dynamique est alimentée par les flux de contournement de la zone du Golfe et par le corridor Afrique-Asie en forte expansion. Les transporteurs d'Asie-Pacifique ont vu leur demande progresser de 5,4% et leur capacité de 5,0%, pour un coefficient de remplissage de 48,9%. Les compagnies européennes ont enregistré une croissance modérée de 2,2% de la demande, mais la capacité a augmenté plus vite (+4,2%), dégradant le taux de remplissage à 59,9% (-1,1 point), le plus élevé de toutes les régions. Les transporteurs nord-américains ont vu la demande reculer de 1,2% et la capacité de 1,1%, avec un coefficient stable à 40,6%. En Amérique latine et Caraïbes, la demande a progressé de 1,8% mais la capacité a augmenté de 5,1%, entraînant une baisse du taux de remplissage à 38,3%. Le Moyen-Orient a concentré le choc : la demande s'y est effondrée de 54,3%, la capacité de 52,4%, et le coefficient de remplissage a reculé à 45,7%.
Au niveau des routes, les contrastes sont frappants. Le corridor Afrique-Asie a affiché la plus forte croissance, avec une demande en hausse de 22,6% sur un an et neuf mois consécutifs d'expansion. Les échanges Europe-Asie ont progressé de 14,2%, prolongeant une série de 37 mois de croissance continue, bénéficiant des reroutages de fret qui évitent les hubs du Golfe, au prix de temps de vol plus longs. Le trafic intra-asiatique a augmenté de 7,5%. À l'opposé, les flux liés au Golfe sont sinistrés : le corridor Moyen-Orient-Asie a reculé de 58,6% et l'axe Europe-Moyen-Orient de 57,6%. La liaison Europe-Amérique du Nord a également basculé en territoire négatif (-3,4%), sa première contraction annuelle depuis près d'un an. Notamment, les avions tout-cargo ont mieux résisté que le fret en soute : les volumes des cargos dédiés n'ont reculé que de 0,9% sur un an, contre une chute de 12,1% pour le fret en soute, plus exposé aux annulations de vols et aux pertes de connectivité.
Au-delà du conflit, le secteur du fret subit un choc historique des prix du carburant. L'IATA indique que le prix moyen mondial du kérosène a bondi de 106,6% en glissement annuel en mars, sur fond de hausse de 43,1% du Brent et d'explosion des marges de raffinage (+320% à +390%). Le kérosène a atteint son plus haut niveau depuis plus de vingt ans. « Tous les regards sont tournés vers l'approvisionnement en carburant et son prix, qui devraient mettre à l'épreuve la résilience du secteur dans les prochains mois », a averti Willie Walsh. Les rendements du fret ont augmenté d'environ 14% à 19% sur un an selon les segments, compensant partiellement les pressions sur les coûts mais comprimant les marges des transporteurs incapables de répercuter la totalité de la hausse.