La liquidation judiciaire d'Air Antilles, prononcée le 27 avril par le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre, a entraîné la cessation immédiate des activités et la suppression de 116 emplois. La compagnie régionale, placée en redressement judiciaire en février, a vu son plan de redressement rejeté, le tribunal ayant jugé que la seule offre de reprise—couvrant seulement 13 ou 14 salariés—était « incontestablement insuffisante » au regard de l'objectif légal de préservation de l'emploi. Le SNPNC-FO a dénoncé une faillite qui ne saurait être réduite à une fatalité économique, appelant l'État et les collectivités à organiser sans délai le reclassement des personnels.
Air Antilles avait été recréée après la première disparition de la compagnie, avec le soutien de la Collectivité de Saint-Martin et du groupe Edeis, pour maintenir les liaisons essentielles entre la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Le syndicat souligne que les équipes ont maintenu l'activité « jusqu'au dernier jour » malgré « des moyens humains et matériels insuffisants » et de fortes contraintes de disponibilité. Il estime que les salariés ne doivent pas être tenus pour responsables de choix de gouvernance et de stratégie qui les dépassaient. Selon le syndicat, les organisations représentatives avaient alerté dès 2022 sur les rémunérations, les effectifs, les plannings, les accords applicables aux PNC et les conditions d'exploitation. Des griefs similaires avaient été exprimés publiquement fin 2025 par l'intersyndicale, qui évoquait des sous-effectifs chroniques, des annulations et une dégradation de l'exploitation.
La crise financière a été aggravée par une crise réglementaire. Début décembre 2025, à la suite d'un audit, l'autorité de l'aviation civile a suspendu le certificat de transport aérien (CTA) d'Air Antilles. Cette mesure a entraîné l'immobilisation de la flotte et la suspension de la licence d'exploitation, empêchant la compagnie d'assurer des vols commerciaux ou de vendre des billets. Sans recettes, l'entreprise ne pouvait plus couvrir ses charges fixes, ses obligations réglementaires et les mesures de mise en conformité. En janvier, la direction avait déclaré ne plus disposer des ressources nécessaires pour faire face à ses charges, avant l'ouverture du redressement judiciaire.
Le SNPNC-FO demande désormais que la transparence soit faite sur les décisions financières, organisationnelles et opérationnelles ayant conduit à cette issue. Comme le souligne le syndicat, « une compagnie aérienne ne peut pas durablement compenser l'insuffisance de ses moyens ou les faiblesses de sa gouvernance par les seuls efforts et sacrifices de ses salariés ». Au-delà du bilan social, la disparition d'Air Antilles laisse un vide important dans la connectivité inter-îles. La compagnie exploitait des liaisons courtes avec des turbopropulseurs ATR, adaptés aux fréquences élevées et aux pistes de dimension limitée comme celle de Saint-Barthélemy. Sa disparition accroît la concentration de l'offre sur un nombre restreint d'opérateurs, dans une région où le transport aérien est souvent l'alternative la plus rapide—voire la seule réellement praticable—aux déplacements maritimes.
La justice a considéré que les projets de reprise ne présentaient pas les garanties suffisantes de pérennité, notamment sur les volets financier, social et réglementaire. La question se déplace donc vers la capacité des autres transporteurs à absorber la demande, mais aussi vers la préservation des compétences locales : équipages cabine, personnels d'escale, agents d'exploitation et spécialistes du transport aérien régional. Le SNPNC-FO réclame une mobilisation coordonnée de l'État, des collectivités de Guadeloupe et de Saint-Martin, ainsi que des compagnies présentes dans la région, afin de faire des qualifications et de l'expérience des salariés licenciés un vivier de recrutement plutôt qu'une perte sèche pour le transport aérien caribéen. Cette revendication est d'autant plus centrale que la reconstruction éventuelle d'une offre aérienne régionale durable nécessitera, à terme, les compétences mêmes que cette liquidation risque aujourd'hui de disperser.