Le 14 janvier 2025, un Airbus A320-214 d'Aer Lingus, immatriculé EI-DEE, assurant le vol EI493 de Faro à Dublin avec 140 passagers et six membres d'équipage, a connu une approche instable suivie d'une remise de gaz avec une inclinaison de 44 degrés, dépassant la limite opérationnelle habituelle de 33 degrés pour ce type de manœuvre. Le rapport final de l'Air Accident Investigation Unit (AAIU) irlandaise, publié le 31 juillet, détaille comment l'appareil s'est présenté trop haut et trop rapide en approche de la piste 28L, incitant le commandant à déconnecter le pilote automatique et à déployer complètement les aérofreins pour accélérer la descente. Cette intervention manuelle, combinée à la charge de travail élevée d'une approche instable, a dégradé la conscience de la situation du commandant, entraînant un écart au sud de la trajectoire autorisée et une sortie involontaire du domaine de vol.
Au cours de la remise de gaz, l'A320 est descendu à deux reprises sous la VLS, la vitesse minimale sélectionnée par les protections Airbus pour préserver une marge avant le décrochage. Les protections de basse vitesse se sont activées, et l'avion a grimpé à 4 200 pieds alors qu'il était autorisé à maintenir 3 500 pieds. Malgré ces difficultés, l'équipage a repris le contrôle, a effectué une nouvelle présentation et a atterri à Dublin environ dix minutes plus tard, sans dommage ni blessure. Le commandant a déclaré aux enquêteurs qu'il n'avait « pas bien dormi » la nuit précédant son dernier jour de service et a reconnu qu'il « pouvait avoir été fatigué ». Cependant, l'évaluation du risque de fatigue par l'opérateur avait placé son planning dans une plage acceptable, de sorte que la fatigue n'a pas été retenue comme cause unique. L'AAIU a plutôt souligné que la combinaison du pilotage manuel et de la pression pour récupérer une approche dégradée a conduit à une « conscience de la situation réduite ».
Cet incident met en lumière une leçon cruciale pour les professionnels de l'aviation : la procédure standard consiste à effectuer une remise de gaz lorsque l'approche n'est pas stabilisée, plutôt que de tenter de la sauver. La remise de gaz est une décision normale et sûre, non un échec. Le rapport souligne également un retard de signalement important : l'événement s'est produit le 14 janvier, mais n'a été signalé aux autorités que le 18 mars, soit environ deux mois plus tard, dépassant largement l'exigence européenne de 72 heures pour ce type d'occurrence. Ce retard a eu une conséquence concrète : les données des enregistreurs de vol (CVR et FDR) n'étaient plus disponibles, forçant les enquêteurs à reconstituer la séquence à partir des données opérationnelles, des témoignages et des informations fournies par l'opérateur.
Pour les étudiants ATPL et ATC, ce cas est une étude puissante sur la gestion des menaces et des erreurs, l'importance des critères d'approche stabilisée et les facteurs humains qui peuvent compromettre la conscience de la situation. Il illustre également le rôle crucial du signalement rapide des incidents pour permettre des enquêtes de sécurité approfondies. Comprendre ces éléments est essentiel pour les futurs pilotes et contrôleurs afin de prévenir des occurrences similaires et de favoriser une culture de sécurité robuste.