**Contexte sectoriel : pourquoi cet incident est important pour la formation aéronautique**
Le 13 juin 2025, un Airbus A320-214 d’easyJet (immatriculé G-EZUK) opérant le vol EZY2335 de Londres-Luton à Málaga avec 180 passagers et six membres d’équipage a décollé de l’intersection Alpha de la piste 25, alors que les performances de décollage avaient été calculées pour une utilisation pleine longueur. L’Air Accidents Investigation Branch (AAIB) britannique a classé l’événement comme un « incident grave », notant que l’équipage ne s’est pas rendu compte de la divergence pendant la course au décollage. L’incident n’a été détecté que plus tard par le système de suivi des données de vol (FDM) de l’exploitant. Pour les élèves ATPL et les contrôleurs aériens, ce cas est un exemple parfait de la manière dont les calculs de performance, les electronic flight bags (EFB) et la gestion des ressources de l’équipage (CRM) doivent s’aligner pour garantir la sécurité.
**L’incident : un écart entre la planification et l’exécution**
L’équipage avait initialement prévu un départ depuis l’intersection Alpha, mais après avoir recalculé les performances en fonction de la masse de l’avion et des conditions, il a décidé d’utiliser la pleine longueur de la piste 25 (2 162 mètres). Cependant, l’avion s’est finalement aligné et a décollé depuis l’intersection Alpha, qui n’offre qu’une distance de décollage déclarée d’environ 1 771 mètres — soit une différence de 391 mètres. L’AAIB a souligné que ni l’équipage ni les systèmes de bord n’ont détecté l’écart pendant le décollage. L’A320 s’est comporté normalement, mais la marge de sécurité était considérablement réduite. Ce scénario rappelle aux élèves ATPL qu’un calcul de performance de décollage n’est valable que si la position de piste utilisée est correcte. Dans les opérations réelles, les distractions, la fatigue ou les erreurs de communication peuvent entraîner de telles erreurs, surtout avec des EFB qui ne vérifient pas automatiquement le point de départ réel.
**Angle MyATPS : ce que les élèves ATPL et ATC doivent retenir**
Pour les élèves ATPL, cet incident souligne l’importance de maîtriser les calculs de performance de décollage selon les règlements JAR-OPS 1 / EU-OPS. Vous devez comprendre la différence entre TODA (Takeoff Distance Available), ASDA (Accelerate-Stop Distance Available) et TORA (Takeoff Run Available) pour chaque intersection. Le rapport de l’AAIB montre que les calculs EFB de l’équipage étaient corrects pour le scénario pleine piste, mais que le point de départ réel était différent. C’est un échec classique dans la boucle « plan vs. réel ». Les élèves contrôleurs aériens doivent noter que les contrôleurs de Luton n’ont pas signalé le départ depuis l’intersection — mais dans de nombreux aéroports, les contrôleurs n’ont pas de visibilité en temps réel sur l’intersection utilisée par un pilote, sauf demande explicite. Cet incident pourrait conduire à des changements procéduraux où l’ATC confirme le point de départ avant d’autoriser le décollage.
**Analyse : mesures correctives et implications pour l’industrie**
EasyJet a depuis modifié ses procédures d’exploitation pour « piéger cette erreur de performance de décollage », notamment en renforçant les contrôles de cohérence entre la longueur de piste utilisée dans les calculs et la position réelle de départ, et en rendant plus explicite la vérification dans les check-lists et briefings pré-décollage. L’AAIB a également noté que l’incapacité de l’équipage à détecter l’erreur pendant la course au décollage souligne le besoin d’une meilleure intégration des EFB avec les systèmes de bord, par exemple une vérification automatique de l’intersection sélectionnée par rapport à la base de données de performance. Pour les élèves ATPL, c’est un exemple clair de pourquoi la règle du « cockpit stérile » et l’utilisation disciplinée des check-lists sont non négociables. L’incident soulève également des questions sur la dépendance aux EFB : bien que ce soient des outils puissants, ils peuvent introduire de nouveaux modes de défaillance si des procédures rigoureuses ne sont pas suivies.
**Conclusion**
Cet incident grave à Luton est une leçon précieuse pour tous les stagiaires en aviation. Il démontre que même des équipages expérimentés peuvent commettre des erreurs critiques lorsque les calculs de performance et les opérations réelles divergent. Pour les élèves ATPL, il renforce la nécessité de vérifier la position de piste, de comprendre les données de performance des intersections et de ne jamais supposer qu’un calcul EFB est correct sans vérifier la configuration physique. Pour les élèves ATC, il met en lumière le rôle potentiel des contrôleurs dans la confirmation des points de départ. Les conclusions de l’AAIB influenceront probablement les futurs programmes de formation et les procédures opérationnelles, faisant de ce cas une étude incontournable pour toute personne poursuivant une carrière dans l’aviation.